Témoignage


CLAIR / OBSCUR
Micheline – octobre 2012
Ils marchent depuis l'aube. Partis dans la pénombre, ils ont vu peu à peu la lumière chasser la nuit et révéler
le paysage. Comme tous les matins, le soleil levant a dessiné devant eux leurs ombres immenses. Petit à
petit, ils ont senti la chaleur s'intensifier sur leur nuque et maintenant ils rêvent de quelques nuages qui
viendraient assombrir ce ciel infiniment bleu.
C'est une petite église romane qui va leur offrir ce cadeau. Posée au milieu de nulle part près d'un chêne
séculaire, elle est bâtie en pierre rose et sa porte en bois sombre leur promet déjà la fraîcheur d'une oasis.
Passer du sable blanc du Chemin à l'obscurité de la nef les aveugle soudain. Ils sont dans le noir total. Mais
très rapidement, la faible lueur qui descend de quelques vitraux leur permet d'apprécier le lieu : juste une
petite nef et une voûte en berceau au-dessus de l'autel. Pas de sculptures, pas de dorure, la pierre uniquement.
Elle reste debout dans le choeur. Il va s'asseoir. Le silence est profond, mais il sait qu'elle va chanter. Le
temps s'arrête. Plus rien n'existe que cette douceur de lumière.
Du plus profond de son corps, un son grave émerge, un son qui vient de la terre, du Chemin qu'ils foulent
depuis longtemps déjà. D'autres suivent qui racontent les difficultés mais surtout les joies, la beauté des lieux
traversés. Et les rencontres, étonnantes parfois mais toujours amicales.
Et la voix s'élève, lumineuse sous la voûte. Elle ne chante pas des mots mais des sons venus de son âme, de
la lumière qui l'habite. Elle sait qu'il l'écoute et lui offre cette part d'elle-même.
Lorsqu'elle s'arrête – non, elle ne s'arrête pas, ça s'arrête tout seul – le Chemin chante toujours en elle. Un
long moment va s'écouler avant qu'elle puisse ouvrir les yeux, lui sourire et reprendre son sac pour rejoindre
l'autre lumière, celle du dehors.

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